Archives du : 18 juillet 2009

Le vampire

royo4-aPetite nouvelle tirée « des petites histoires affreuses » en cours d’écriture, pour donner une idée de mon style de travail. D’autres suivront certainement.

Karine s’était enfin décidée à y aller. Depuis le temps que cela lui trottait dans la tête, cette histoire de tatouage. Des mois pour se décider. Et puis voilà, tout d’un coup, elle prit rendez-vous, une impulsion momentanée et quatre jours plus tard elle se retrouvait là, dans cette arrière boutique aseptisée, rangée, et parfaitement éclairée. Rien à voir avec le décor glauque qu’elle s’imaginait dieu sait pourquoi.

Le grand type chauve et baraqué était là, lui aussi, avec un sourire engageant malgré son physique de sauvage.

Karine avait décidé de se faire tatouer le dos, elle lui avait expliqué ce qu’elle souhaitait, quelque chose de simple, un peu tribal, un peu gothique, et pas trop grand. Comme elle n’avait pas plus d’idée que ça, il lui proposa de faire à son goût, elle avait accepté, allez savoir pourquoi.

D’ailleurs pourquoi se sentait-elle en confiance avec ce presque inconnu ? Aucune idée, et même pas l’envie de le savoir. En tout cas sa boutique lui plaisait, très gothique, mais dans la sobriété, et cela l’inspirait.

Le tatoueur fit allonger la jeune fille torse nu, à plat ventre sur la couchette et, enclenchant la musique, lui demanda de se détendre.

- Je vais mettre un peu d’encens pendant que je prépare mes instruments.

Elle eut un petit mouvement de tête pour acquiescer.

Rapidement, l’effluve d’encens vint flatter ses narines, et les yeux fermés elle se laissa porter par la musique.

Quelque chose d’étrange se produisit alors. Prise d’un soudain engourdissement, elle eu un instant l’impression de flotter. Puis, revenant partiellement à elle, elle eut le sentiment d’être allongée sur un lit, et que quelqu’un s’installait près d’elle.

Karine fit un effort surhumain pour ouvrir un œil.

C’était un homme de grande taille au torse velu et musclé. Son visage avait une beauté étrange, fermée, un peu cruelle, encadré d’une longue chevelure noire striée de blanc.

Ses yeux se refermèrent, puis elle tenta une seconde fois de voir, de comprendre ce qui se passait. L’homme s’était allongé près d’elle et elle ne voyait plus le haut de son corps. Juste le pantalon de cuir noir, la boucle de ceinture étrange en tête de bouc démoniaque, et ses mains. De grandes mains fines, avec des ongles comme des griffes démesurées.

L’homme, la créature avait-elle envie de penser, plongea ses doigts dans la chevelure blonde de Katia et la tira à lui, la faisant ramper sur le lit, la trainant presque, jusqu’à ce qu’elle se trouve perpendiculaire à lui, et lui posa la tête sur le torse musclé.

Katia n’avait plus envie d’ouvrir les yeux, n’avait plus envie de chercher à comprendre, à savoir. Cette main qui la tenait, si forte, si ferme, lui enlevait toute volonté. Lentement, de l’autre main, il passa l’une de ses griffes sur la peau blanche et délicate de la jeune fille. Elle frémi.

La griffure n’était pas douloureuse, il n’avait fait qu’effleurer l’épiderme. Il continua à caresser le dos du bout de la pointe acérée de ses ongles, comme s’il avait joué de la mandoline, et elle commença à soupirer d’aise. Plus elle manifestait et plus les griffes s’enfoncèrent. Mais elle était prise dans cet étrange tourbillon de sensations et ne parvenait pas à s’en échapper.

La peau peu à peu devenait rouge, et des sillons s’y creusaient. Karine gémissait, mais ne se débattait pas, abandonnée à la volonté de son bourreau. Puis soudain, tel un scalpel, la griffe, celle du majeur, trancha l’épiderme en une fine ligne sanglante.

La douleur était cuisante, cinglante. Les gémissements se firent plus plaintifs, mais la créature n’eut aucune pitié, et poursuivit son œuvre, dessinant un étrange motif entrelacé, à la fois tribal et baroque, encadrant tout le dos, le couvrant de trainées sanglantes.

Les cris avaient remplacés les plaintes, mais le bourreau était sourd. Il agrippait toujours la chevelure maintenant trempée de sueur, et par ce geste gardait Karine prisonnière. Il finit pourtant par cesser sa torture, passant la griffe maculée sur sa langue, fermant les yeux comme un gourmet connaisseur pour en apprécier le goût.

Il repoussa alors la jeune femme, l’abandonnant sur la couche, et se penchant sur elle, entreprit d’une langue avide, de nettoyer la plaie béante qu’était son dos.

Douleur encore, brûlure, comme une cautérisation.

Nouveaux cris, essoufflés, étouffés par le matelas.

Puis le néant.

Karine revint à elle avec l’impression qu’il s’était écoulé des heures, peut être des jours. Elle ouvrit des yeux étonnés sur le cabinet du tatoueur. Celui-ci rangeait ses affaires avec un air à la fois satisfait et un peu gêné.

- Je crains de m’être un peu emporté, fit-il en la voyant se soulever sur les avant bras.

- Que voulez-vous dire ?

- Et bien, je ne pensais pas faire quelque chose d’aussi grand, mais comme vous aviez l’air de bien supporter…

Elle lui jeta un regard interrogateur.

- Oui vous avez somnolé durant toute la séance.

Katia ne répondit pas. Avait-elle rêvé ?

Elle se leva et comme l’y invitait d’un geste le tatoueur, elle alla contempler son travail dans le miroir.

Une magnifique fresque mi baroque, mi tribale, couvrait la totalité du dos.


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