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L’autre voyage
Il y a un objet qui longtemps m’a fait peur, il s’agit de la cagoule. Maître Râ en a une en cuir, dont on peut ouvrir ou fermer les yeux et la bouche par une fermeture éclaire, et peut s’ajuster à l’arrière par un laçage. C’est un objet très SM, qui m’inspirait de la crainte autant que de la fascination.
Il me l’a essayée une fois, il y a déjà un certain temps, mais j’ai très vite eu la sensation d’étouffer. Il faut dire que je suis claustrophobe, cela n’aide pas. Mais je suis aussi quelqu’un qui ne s’avoue pas facilement vaincue, qui aime se dépasser, et vivre de nouvelles expériences. Donc, il fallait que l’esprit saute cet obstacle pour m’ouvrir d’autres horizons.
J’ai fait cette démarche lors de notre dernière séance au Cav’O. Je m’y préparais mentalement depuis des mois, et j’attendais ces dernières semaines l’occasion ou mon Maître accepterait de me la faire vivre.
En plus elle allait être combinée avec un autre désir, celui de me trouver en cage. Dans cette démarche par contre, rien à vaincre, juste le plaisir de ressentir.
En fait, le mot ressentir était bien la clef de ce que je m’apprêtais à vivre.
La cagoule fut mise et ajustée. En Maître attentif, Il m demanda si tout allait bien, si je la supportais. J’acquiesçais. Il ferma les fentes des yeux, recula, s’éloigna un peu, puis siffla.
En tant que soumise, j’ai cet instinct d’animal bien dressé, fidèle et à l’écoute du Maître. Ce sifflement était un signal précis auquel j’obéis sans plus réfléchir.
Je me levais, marchais dans sa direction, l’oreille tendue. Chaque sifflement représentait la direction à suivre. Il me guida ainsi jusqu’à la cage qui se trouvait à l’autre bout de la pièce en me faisant éviter les obstacles.
Pour moi, ce simple parcours est une victoire, un témoignage profond de la confiance que j’ai en lui. Hormis la cagoule, le simple fait de me déplacer les yeux bandés est un défi en sois.
Une fois dans la cage, assise en tailleur, Maître Râ me menotta les mains, pour augmenter un peu la sensation de contrainte, tout en veillant à ce qu’elles soient devant moi, que je puisse le cas échéant, venir réajuster la cagoule, ou ouvrir d’avantage l’espace de la bouche si je venais à avoir du mal à respirer.
Ce souci de confort était nécessaire, ce n’était en fin de compte que la seconde fois que je la portais.
La cage fut fermée, mon Maître s’éloigna. Il avait une autre soumise dont il devait s’occuper et me laissait livrée à moi-même. Je savais que malgré cette autre activité et la concentration qu’elle lui demanderait il garderait un œil sur moi. Je n’étais pas seule, mais je pouvais choisir de l’être, en moi.
Il y avait le monde en dehors de la cage, il y avait le monde dans la cage. Elle aurait pu être une prison, avoir une conotation punitive ou restrictive, mais elle devenait pour moi une frontière entre deux univers.
Dans le monde extérieur des bruits feutrés me racontaient la présence de participants proches de moi, pris eux aussi dans leurs jeux, au fond de la salle, des conversations tranquilles, et entre deux mon Maître s’occupant de soumise 208.
Je me laissais aller, entrant dans le monde intérieur, explorant de l’esprit la cage, puis la cagoule, monde de silence et d’immobilité.
Je n’avais pas peur. Je respirais tranquillement, écoutant mon souffle. J’étais bien. Un sentiment de sécurité m’habitait ainsi qu’une grande paix. J’étais venu dans cette cage chercher quelque chose, et je l’avais trouvé. Cet isolement intérieur difficile à décrire, qui nous permet d’être face à nous même. Parallèlement à cela, cette victoire sur moi-même et sur la claustrophobie qui m’ouvrait la porte à ce genre de voyage. C’était un moment de plénitude tranquille.
Mon Maître vint une première fois voir si tout allait bien. Je lui fis signe que oui. Le temps ne comptait plus, mon esprit flottait dans quelque chose de léger.
Les menottes elles aussi jouaient un rôle dans cette recherche d’isolement. La contrainte au niveau des mouvements me poussait à rechercher la place et la liberté en moi. La contrainte extérieure pour obtenir la liberté intérieure.
J’étais si bien que lorsque mon Maître revint pour la seconde fois je ne réagis que faiblement à sa présence. Il se mit à me parler sèchement, plus fort qu’à l’accoutumée. Je ne compris pas ce qu’il me disait, et il repartit comme il était venu, me laissant retournée, au bord de l’angoisse et des larmes. C’était le but, il voulait me faire réagir, et peut être voir comment j’allais gérer le stress. Il me fallu quelques seconde pour le comprendre sans en être vraiment sûre, et me calmer.
Lorsqu’il revint me chercher j’avais retrouvé la paix, mais je restais sur le qui vive.
Il ouvrit la cage sans mot dire, me mit la laisse, et me guida à la tension de la chaine jusqu’à l’autre bout de la salle, sur un siège, pour m’enlever la cagoule.
Je me laisserais encore emporter dans cet étrange voyage. Je me laisserais surprendre par mon Maître, par sa douceur ou sa cruauté, et je resterais dans sa main.
Soirée stricte
Dernièrement, le Cav’O nous a offert une soirée stricte. Une sorte de défi pour nous. Pour moi d’abord, car je n’ai pas de prime abord le profile de la soumise DS, et que cela n’avait jamais vraiment fait partie de nos jeux. Mais j’en avais envie, très envie. Envie de tenter l’expérience, d’essayer. Cette idée, cette perspective avait quelque chose de très excitant. Je me disais que peut être que j’en ressortirais déçue, que je constaterais qu’en effet ce n’était pas pour moi, mais au moins je l’aurais fait.
Pour mon Maître le défit était autre. Etres crédible dans son rôle certes, me tenir la bride serrée pour empêcher la moindre incartade, mais plus encore, car il s’était mis la barre haute en se présentant avec deux soumise, dont une pas particulièrement obéissante.
Rose allait donc nous accompagner. Elle l’avait fait déjà une fois de façon tout à fait informelle, mais en acceptant de venir cette fois, elle se lançait également un grand défi. Ni soumise ni domina, elle se cherche encore, ce qui ne facilitait pas les choses pour elle. Elle connaissait ses difficultés par rapport à la discipline, il lui fallait donc un certain courage pour nous suivre. Je l’en félicite.
Pour ma part, j’avais choisi d’être zen, de prendre les évènements comme ils se présenteraient, d’être dans la mesure du possible exemplaire pour faciliter la soirée de mon Maître.
Ce furent donc un Maître entre excitation et appréhension, une soumise très zen, et une autre très stressée qui se présentèrent à cette soirée.
Je ne veux pas entrer dans le détail des pratiques de cette nuit exceptionnelle, si ce n’est que pour la plus part des participants les jeux étaient de grande qualité. Pour ma part ce fut un grand moment de BDSM, à tous les niveaux. J’ai extrêmement bien vécu la DS, cela à embelli ma soirée, et vécu de grands moments de SM, avec plusieurs orgasmes à la clef. Tout fut parfait.
Pour Rose les évènements furent plus ambigus. Je ne peux m’exprimer pour elle, et par conséquent ne rapporter que ce que j’ai vu moi-même. Le stress la rendait bavarde et donc sujette aux punitions. Rétive par nature elle acceptait difficilement les sanctions, mais appréciait les jeux. J’eu aussi l’impression que les jeux des autres participants l’effrayait un peu, cela augmentait son stress d’autant. Il y eu un moment de rébellion, vite jugulé par Maître Râ. L’impression au départ de Rose nous laissa penser qu’elle était déçue par la soirée. Nous étions dans l’erreur, car cela lui a plu au point qu’elle souhaite revenir…
Pour mon Maître je peux me permettre de dire que ce fut une excellente soirée, à la hauteur de ses espérances, et prometteuse pour la suite. Il s’est senti à l’aise et a bien maîtriser la situation. Il a surtout également rencontré des personnes de qualité et noué de nouvelles relations. Ce fut donc une soirée riche et réussie.
Ce que je pourrais ajouter pour ma part est qu’au petit matin, lorsque nous sommes rentrés, j’étais sur un petit nuage duveteux, et que durant le trajet je n’ai cessé de répéter : mais qu’est-ce que je suis bien !… je n’ai jamais été aussi bien !



