Archives du : 18 avril 2010

Soirée au Cav’O

L’autre voyage

Il y a un objet qui longtemps m’a fait peur, il s’agit de la cagoule. Maître Râ en a une en cuir, dont on peut ouvrir ou fermer les yeux et la bouche par une fermeture éclaire, et peut s’ajuster à l’arrière par un laçage. C’est un objet très SM, qui m’inspirait de la crainte autant que de la fascination.

Il me l’a essayée une fois, il y a déjà un certain temps, mais j’ai très vite eu la sensation d’étouffer. Il faut dire que je suis claustrophobe, cela n’aide pas. Mais je suis aussi quelqu’un qui ne s’avoue pas facilement vaincue, qui aime se dépasser, et vivre de nouvelles expériences. Donc, il fallait que l’esprit saute cet obstacle pour m’ouvrir d’autres horizons.

J’ai fait cette démarche lors de notre dernière séance au Cav’O. Je m’y préparais mentalement depuis des mois, et j’attendais ces dernières semaines l’occasion ou mon Maître accepterait de me la faire vivre.

En plus elle allait être combinée avec un autre désir, celui de me trouver en cage. Dans cette démarche par contre, rien à vaincre, juste le plaisir de ressentir.

En fait, le mot ressentir était bien la clef de ce que je m’apprêtais à vivre.

La cagoule fut mise et ajustée. En Maître attentif, Il m demanda si tout allait bien, si je la supportais. J’acquiesçais.  Il ferma les fentes des yeux, recula, s’éloigna un peu, puis siffla.

En  tant que soumise, j’ai cet instinct d’animal bien dressé, fidèle et à l’écoute du Maître. Ce sifflement était un signal précis auquel j’obéis sans plus réfléchir.

Je me levais, marchais dans sa direction, l’oreille tendue. Chaque sifflement représentait la direction à suivre. Il me guida ainsi jusqu’à la cage qui se trouvait à l’autre bout de la pièce en me faisant éviter les obstacles.

Pour moi, ce simple parcours est une victoire, un témoignage profond de la confiance que j’ai en lui. Hormis la cagoule, le simple fait de me déplacer les yeux bandés est un défi en sois.

Une fois dans la cage, assise en tailleur, Maître Râ me menotta les mains, pour augmenter un peu la sensation de contrainte, tout en veillant à ce qu’elles soient devant moi, que je puisse le cas échéant, venir réajuster la cagoule, ou ouvrir d’avantage l’espace de la bouche si je venais à avoir du mal à respirer.

Ce souci de confort était nécessaire, ce n’était en fin de compte que la seconde fois que je la portais.

La cage fut fermée, mon Maître s’éloigna. Il avait une autre soumise dont il devait s’occuper et me laissait livrée à moi-même. Je savais que malgré cette autre activité et la concentration qu’elle lui demanderait il garderait un œil sur moi. Je n’étais pas seule, mais je pouvais choisir de l’être, en moi.

Il y avait le monde en dehors de la cage, il y avait le monde dans la cage. Elle aurait pu être une prison, avoir une conotation punitive ou restrictive, mais elle devenait pour moi une frontière entre deux univers.

Dans le monde extérieur des bruits feutrés me racontaient la présence de participants proches de moi, pris eux aussi dans leurs jeux, au fond de la salle, des conversations tranquilles, et entre deux mon Maître s’occupant de soumise 208.

Je me laissais aller, entrant dans le monde intérieur, explorant de l’esprit la cage, puis la cagoule, monde de silence et d’immobilité.

Je n’avais pas peur. Je respirais tranquillement, écoutant mon souffle. J’étais bien. Un sentiment de sécurité m’habitait ainsi qu’une grande paix. J’étais venu dans cette cage chercher quelque chose, et je l’avais trouvé. Cet isolement intérieur difficile à décrire, qui nous permet d’être face à nous même. Parallèlement à cela, cette victoire sur moi-même et sur la claustrophobie qui m’ouvrait la porte à ce genre de voyage. C’était un moment de plénitude tranquille.

Mon Maître vint une première fois voir si tout allait bien. Je lui fis signe que oui. Le temps ne comptait plus, mon esprit flottait dans quelque chose de léger.

Les menottes elles aussi jouaient un rôle dans cette recherche d’isolement. La contrainte au niveau des mouvements me poussait à rechercher la place et la liberté en moi. La contrainte extérieure pour obtenir la liberté intérieure.

J’étais si bien que lorsque mon Maître revint pour la seconde fois je ne réagis que faiblement à sa présence. Il se mit à me parler sèchement, plus fort qu’à l’accoutumée. Je ne compris pas ce qu’il me disait, et il repartit comme il était venu, me laissant retournée, au bord de l’angoisse et des larmes. C’était le but, il voulait me faire réagir, et peut être voir comment j’allais gérer le stress. Il me fallu quelques seconde pour le comprendre sans en être vraiment sûre, et me calmer.

Lorsqu’il revint me chercher j’avais retrouvé la paix, mais je restais sur le qui vive.

Il ouvrit la cage sans mot dire, me mit la laisse, et me guida à la tension de la chaine jusqu’à l’autre bout de la salle, sur un siège, pour m’enlever la cagoule.

Je me laisserais encore emporter dans cet étrange voyage. Je me laisserais surprendre par mon Maître, par sa douceur ou sa cruauté, et je resterais dans sa main.


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